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"le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques"
- Plutarque

Sunday, January 26, 2014

Deux visions opposées de la pauvreté  : Amartya Sen contre Jagdish Bhagwati

Depuis quelques mois, le gouvernement indien a décidé de distribuer des céréales aux indiens pauvres à titre gratuit. Cette initiative gouvernementale ne fut pas méconnue en Angleterre aux 17ème et 18éme siècles, mais dans l'un des pays les plus peuplés du monde cela fait figure d'une mesure révolutionnaire.

Elle a suscité deux types de critique, une malthusienne et l'autre néolibérale. La critique malthusienne est assez connue par les spécialistes pour y insister de nouveau ici. La critique néolibérale appartient à Jagdish Bhagwati, économiste indien orthodoxe à la mode, et s'inscrit dans la ligne de pensée qui remonte à Adam Smith il y a plus de deux siècles. Pour le dire en raccourci, Adam Smith pensait que toute intervention gouvernementale afin d'aider les pauvres n'était pas nécessaire, car le développement économique de type capitaliste et l'existence d'un effet mythique de ruissellement (« trickle-down effect ») auraient suffi pour soulager les affres de la pauvreté.

L'économiste Amartya Sen (Prix Nobel de l'économie 1998) a une conception étatiste. Il est également un partisan du projet de loi sur le droit à l’alimentation et soutient en effet les programmes sociaux lancées par le parti du Congrès en Inde, tandis que Jagdish Bhagwati soutient que la croissance économique suffirait afin d'améliorer la vie des pauvres en Inde et ailleurs.  En plus, ce dernier se déclare convaincu que

« La libéralisation du commerce, l’ouverture substantielle du secteur de la distribution et presque toutes les réformes du marché du travail sont toujours au point mort. Cette intensification et cet élargissement des reformes (…)ne pourraient qu’augmenter les effets bénéfiques qu’elles ont eus pour les pauvres et les défavorisés. Ces réformes ont en outre généré des recettes qui peuvent être affectées aux politiques de santé et d’éducation, ce qui améliorera encore le bien-être des pauvres. »

A son tour, Amartya Sen a publié récemment  dans The New York Times un article polémique,  où  il considère que l’écart  le plus important  entre  l’ Inde et la Chine  « concerne l’offre des services publiques essentiels, une défaillance qui fait baisser les niveaux et freine la croissance ».

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